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Davos n'arrête pas de se tromper

Par Ian Hamel,

Les débats au Centre des congrès de Davos seront-ils le reflet de la morosité ambiante?

ARRIÈRE TOUTE • L'an dernier, le Forum baignait dans l'optimisme. Cette année, Klaus Schwab, son fondateur, annonce que le monde est en état d'épuisement total. Moralité: les puissants ne sont pas plus fiables que les faibles.


Si vous êtes le PDG d'une très grande entreprise et que vous avez cotisé 42'500 francs auprès du World Economic Forum, vous avez la chance de pouvoir assister au Forum de Davos, du 25 au 29 janvier. Là-bas, vous pourrez côtoyer, ou du moins entr'apercevoir, la chancelière allemande Angela Merkel, le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner et l'actrice malaisienne Michelle Yeoh.Bien entendu, vous dedvrez encore débourser autour de 20'000 francs pour vous loger et vous sustenter. La vie dans une station huppée n'est pas donnée. Mais vous aurez la primeur des nouveaux mots à la mode: le talentisme et la dystopie. Dorénavant, le capitalisme, système basé sur le capital, est dépassé. Ce qui compte, c'est le talent, d'où le terme de talentisme. Quant à la dystopie, c'est le contraire de l'utopie. Si vous voulez être branché, en redescendant des montagnes grisonnes, il vous faut perdre tout espoir de voir votre situation s'améliorer… Le monde est dans un état de dystopie.

Fi au capitalisme


Klaus Schwab, 74 ans, fondateur et gourou du Forum de Davos, l'assure: «Dans sa forme actuelle, le capitalisme ne convient pas au monde qui nous entoure». Sa formule ne manquera pas d'amuser les altermondialistes refoulés chaque année par 5'000 militaires. Le père du World Economic Forum, qui s'est si longtemps fait le chantre de l'ultralibéralisme, et prônait la défense du turbocapitalisme, serait-il devenu socialiste? Sa conversion est pour le moins brutale.En 2011, Klaus Schwab vantait plutôt la croissance retrouvée, à plus de 3% aux Etats-Unis, et entre 2 et 3% en Europe. En fait, Klaus Schwab ne fait pas de l'économie, mais du marketing. «Sa principale qualité, c'est de sentir le vent avant tout le monde. Il a compris que Davos risquait de devenir le Forum des mal-aimés, incarnant le capitalisme sans foi ni loi. Alors, j'exagère à peine, il lève le poing, arrache sa cravate, et appelle ses invités camarades. Mais dès que l'orage sera passé, il rendra de nouveaux hommages au profit», assure l'un de ses anciens collaborateurs.

De l'Europe aux US


La lecture des articles de presse consacrés à Davos depuis des décennies est édifiante: le Forum n'a jamais cessé de se tromper, et de tourner sa veste. Pour commencer, en 1971, Klaus Schwab, professeur d'économie à l'Université de Genève, arrive à convaincre Raymond Barre, alors Commissaire européen aux affaires économiques, de la nécessité de créer un Forum européen du management. L'objectif? Faire contrepoids à la toute puissance américaine. Raymond Barre apporte son soutien, à condition que le Forum se tienne à l'avenir dans un pays de la Communauté européenne. Klaus Schwab répond aussitôt que «la Suisse se joindra bientôt aux institutions européennes»… Quant au Forum européen du management, il va très vite devenir la vitrine de la culture américaine, se transformant en 1987 en World Economic Forum.

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